HISTOIRE DES LOIS TABAC

            Je viens, par ce court mémoire, vous apporter les éléments factuels historiques, depuis les années 80, à la genèse de la promulgation, avec 21 ans de retard, des décrets dans les années 2000, susceptibles en effet d'enrichir et de corriger certains des aspects importants de l'Histoire de la mise en place des lois sur le tabac et la délinquance routière.

           C'est, dès les premières années 50, que prenant mes fonctions hospitalières dans les services de chirurgie de laryngologie de l'Hôpital Pèlerin à Bordeaux, sous la direction du Pr Porthman,Ancien ministre de la Santé, que j'ai découvert l'horreur et le tragique de cette chirurgie maxillo-faciale, conséquence de la pratique abusive du tabagisme chez un nombre croissant de patients depuis un quart de siècle. Moi-même radicalement convaincu par cette expérience, je jetais par la fenêtre de l'hôpital mon dernier paquet de cigarettes qui n'est jamais remonté dans ma poche.

            Je me souviens très précisément de trois jeunes stagiaires, s'évanouissant dans la salle à la découverte de ces horribles mutilations. Dès cette époque, je déclarai radicalement la guerre à ce fléau meurtrier, conduisant à des morts longues et douloureuses sous la responsabilité de puissants lobbies internationaux de tabac.

           Le problème subsiste presque en entier aujourd'hui malgré le pas décisif que j'ai personnellement mené à son terme, après plus de vingt ans d'efforts et de persévérance.

         Ma pratique hospitalière, jusqu'en 1958, puis ma plongée édifiante mais relativement passagère dans le terreau de la médecine en ville et surtout en campagne, puis mon activité personnelle, m'ont convaincu et m'ont indiqué la voie à suivre, dans mon activité médicale, la sauvegarde « de la Vie » sous toutes ses formes, dans toutes ses conditions et dans sa finalité sacrée.

            Je me suis donc personnellement engagé, d'une manière définitive et réfléchie, dans le « combat écologique » de ces années 60 et 70 avec quelques-unes des grandes figures de l'époque : Messieurs De Rougemont, Ellul, les Frères Goldschmidt, Lalonde ou Morin et bien d'autres au hasard des rencontres internationales...

           Lors de l'une de mes interventions à la Défense devant un public de plusieurs centaines de militants de l’Écologie et le Secrétaire d’État à l’Écologie du Président Giscard d'Estaing, Mr le Docteur Philippe de Saint Marc, j'expliquais le rôle meurtrier du tabac et des accidents de la route, avec leur important coût financier pour les caisses de l'Assurance Maladie. Je réussissais alors à faire promettre par le Secrétaire d’État de l’Écologie, devant cet auditoire de masse, de faire interdire l'usage du tabac dans les centres anti-cancéreux et les stations thermales (un comble).

              Ces premières mesures furent promulguées avec la promesse d'une mise en place d'une Commission pour l'évaluation financière des coûts réels de la pathologie tabagique. Tout fût réalisé et j'en rends hommage à ce valeureux et courageux confrère qui sût convaincre le Président D'Estaing.

Je l'évoque très précisément dans mon ouvrage « Objectif Santé » avec une réflexion de fond sur les contradictions, les insuffisances et les erreurs de fonctionnement du système de santé actuel. Avec la préface de mon ami Alain Bombard, à l'époque éphémère ministre du gouvernement Mitterrand jusqu'aux années 2002-2004 avec mes visites aux différents ministères.

             C'est au début des années 80 jusqu'au début 82 qu'introduit, le premier jour de ma première visite à l'Elysée, qui me dirigeait vers les services du ministère de la Santé du gouvernement Pierre Beregovoy, à l'époque animée par Mme Yannick Moreau que je rencontrai, et me confirmai par lettre notre entretien en m'invitant à Matignon.

          Après avoir exposé les tenants et aboutissants de cette indispensable réforme de l'accidentogénèse automobile et du fléau du tabagisme, je fus très étonné d'entendre proposer comme argument du maintien du statu quo de la manne financière de plus de 25 milliards, récoltée par cette entreprise mortifère au profit de l'Etat.

             C'est alors que me souvenant de la mise en place et de la rédaction de la Commission constituée sous la tendance de Giscard d'Estaing pour l'évaluation financière du coût des pathologies tabagiques et leurs conséquences, je proposai au cabinet Bérégovoy la lecture de ce rapport.

            Opposé vertement à toutes approches de contact avec la Commission Giscardienne, c'est à la suite de longues et interminables palabres avec les uns et les autres que j'obtenais enfin l'autorisation d'aller moi-même chercher ce rapport à la Commission, mis en sommeil, pour le leur soumettre, à leur grande stupéfaction lors d'une autre entrevue, ils constatèrent que le coût minimum prouvé des conséquences du tabagisme s'élevait à plus de 63 milliards.

     C'est cet argument, et à mon avis le seul, qui motiva la première rédaction des futures lois Evin, qui devraient à mon sens, pour tenir compte de la vérité historique, s’intituler les Lois Evin, Gillard, Beregovoy.      

            Mais l'Histoire ne s'arrête pas là. Dans ces années 84-85-86, où j'attendais, après de multiples démarches et interventions, la publication des fameux décrets d'application de lois si précieuses pour la santé que je ne voyais toujours pas arriver, je multipliais les contacts.

            Devant mon insistance et la multiplication des interventions dans les milieux politiques et administratifs et l'envoi de mon ouvrage dans les différentes administrations, je finis par obtenir une courte entrevue avec le tout nouveau Premier ministre Michel Rocard, lors d'un colloque au ministère de l'Agriculture. Avec son franc-parler bien connu mais rarement apprécié, devant quelques témoins, il m'affubla de quelques noms d'oiseau, mais, par la même occasion, eut le courage ou plutôt l'inconscience de me livrer le fond de sa pensée sur les causes de la non-publication de nos décrets salvateurs : « Pas question de toucher à plus de 3 500 000 électeurs potentiels ». La messe était dite par de nombreuses et meurtrières années.

            Malgré mon insistance auprès d'autres premiers ministres dont Mme Edith Cresson, favorable à notre démarche, elle fut interdite d'agir, mais je repris avec courage et persistance mon action auprès des administrations et des ministères. Je rencontrai Mme Simone Weil, dont j’étais un des interlocuteurs de sa « Commission à l'Information », qui me fit une longue lettre, reconnaissant la validité de ma réflexion sur la santé et concluant : « Il faudra revoir çà dans une vingtaine d'années. »

         Il faudrait, en cet instant, souligner, et c'est un impératif pour l'Histoire, de confirmer précisément le nombre de morts et blessés graves survivants dû au tabac et aux excès routiers, de 1985 à 2005, qui pourrait attendre le chiffre de 100 000 victimes. Cette évaluation doit pouvoir être financée par vos services, pour mettre en évidence la gravité de ce refus de publication des décrets d'application. Des dizaines de milliers de victimes certainement qui auraient dû valoir, non une légion d'honneur, mais une légion d'horreur, à cet illustre premier ministre socialiste.

              C'est à un autre ministre, Douste-Blasy, contacté en sa mairie de Lourdes à l'époque, que je trouvai enfin la bonne porte de droite, aboutissant à la publication des décrets d'application par le gouvernement Raffarin-Sarkozy. Ceci me porte à souligner, face à une « écologie verdâtre » particulièrement inopérante, que ce gouvernement de droite, avec ce courageux engagement de publication des décrets, a réussi « la plus belle opération écologique » de ces 20 dernières années, avec des milliers de victimes enfin évitées, de souffrances effacées, d'économies en milliards économisés, et en fait indubitablement, les premiers écologistes de France car l’Écologie c'est avant tout la préservation, la sauvegarde et la sacralisation de la Vie.

            Avec cette nouvelle aventure présidentielle, j'espère encore, et malgré tout toujours, trouver un candidat qui serait porteur de cette « inévitable Révolution Santé » dont vous trouverez ci-joint ma dernière parution, pour ne pas, tout simplement, continuer à « cultiver la maladie » comme des tomates, au profit d'intérêts financiers énormes, multiples et variés mais bien la Santé avec des caisses nationales d'assurance santé et non plus maladie.

J'ai une lettre chaleureuse de l'ancien Président de la Cour des Comptes, Mr Philippe Seguin, m'encourageant dans ce combat ainsi d'ailleurs que, quelques mois avant son décès, des encouragements du Président Pierre Mendès-France.

 

    

                                                                                                                               Docteur Maurice GILLARD

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

           

 

 

 

 

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